Sylver Valis





L’arrivée d’Anthousa Mona passait rarement inaperçue. Annoncée par le claquement de ses talons et de son bâton sur le sol de marbre, elle pénétra à grandes enjambées dans l'atelier de Sylver, mais ni l'inventeur ni son assistant Stavel ne lui prêtèrent la moindre attention. Stavel était accroupi au sommet de la machine étincelante qu’ils avaient tous deux conçue, dirigeant l’accordeur planaire vers les rivets, alors que Sylver avait complètement disparu sous le châssis. Anthousa frappa le sol du bout de son bâton.
Sylver

Stavel daigna enfin détacher les yeux de son ouvrage et descendit d'un bond en s’exclamant : « Grande Prêtresse. Que puis-je faire pour vous ?

– Vous, rien du tout. Je dois parler à votre... À Sylver, dit-elle, comme si son nom avait un goût amer.

– Bien entendu. »

Stavel toucha du pied la jambe de Sylver. L'inventeur sursauta et se cogna la tête contre la machine, produisant un énorme « clang ». Il s'extirpa de la machine et s'assit, frottant son front contusionné, et s'adressa à Stavel en ignorant complètement Anthousa : « Ce devrait être prêt. Passons aux essais. »

« Sylver, attendez ! » lança Stavel, mais l'inventeur était déjà derrière la console et ses doigts s’agitaient sur les boutons avec la virtuosité d’un pianiste. La machine démarra en vrombissant et les six jauges de pression planaire se remplirent de la couleur de leur élément. Stavel n'eut d'autre choix que de se précipiter à son propre poste de commande.

Sylver jeta un œil par-dessus son épaule : « Oui, prêtresse ? » Puis il se retourna vers son assistant : « Stabilisation de tous les niveaux pour la liaison élémentaire. Les niveaux de Mort ne sont pas alignés. »

« Stabilisation », répondit Stavel avant de murmurer : « N'oubliez pas sa sainteté », trop bas pour que cette dernière puisse l'entendre.

Anthousa frotta l'arête de son nez parfait en disant : « L'équipe du général va se réunir sous peu et, allez savoir pourquoi, votre présence est requise. » Elle tourna les talons et se dirigea vers la porte, avant de s'apercevoir que personne ne la suivait. Sylver n’avait évidemment pas décollé de sa machine. « Oh, mais dépêchez-vous donc, nalthema. »

Le regard de Stavel alla de Sylver à Anthousa, s’inquiétant pour l’un, enrageant pour l’autre. Mis à part un léger froncement, l’inventeur ne réagit pas à l'insulte. Ce dernier finit par marmonner : « Je suis occupé. Dites à Asha que je suis d'accord, quoi qu'elle dise. » Il fit ensuite signe à la prêtresse de partir et commença son énumération : « Eau, niveaux optimaux. Feu. Terre. »

La Grande Prêtresse des Kelaris pointa son bâton vers Sylver – ce même geste qui avait valu la mort à nombre de créatures des Failles et de Gardiens. Elle répliqua :
« Vous ignorez la convocation du général pour cette stupide machine ? Hier encore, vous vous traîniez lamentablement à ses pieds comme un chiot mal aimé.

– Cette Chambre d'harmonisation permettra aux Élus de se lier à l'énergie planaire et elle pourrait bien nous faire remporter la guerre. Mais vous ne pouvez pas comprendre, car cette machine ne fonctionne pas à base de railleries ou de claquements de doigts.

– Dites-moi, Valis, répondit Anthousa, pourquoi vos recherches portent-elles si souvent sur le lien à des éléments extérieurs ? Serait-ce parce que vous n'êtes pas capable de vous lier aux esprits qui protègent notre espèce? »

Sylver remarqua alors une anomalie parmi ses dizaines de cadrans et se mit à taper vigoureusement sur les commandes en commentant : « Ainsi, les inventeurs seraient motivés par leur insécurité dévorante. Mais alors, pourquoi Orphiel ne consacre-t-il pas sa vie à trouver une solution aux problèmes de jauges ? »

Stavel pouffa de rire et commenta :
« Pic de réaction du Feu. Compensation en cours.

– N’oublie pas la Terre ! ordonna Sylver.

– Un seul lien spirituel, répliqua Anthousa d'un ton songeur, et vous auriez pu anticiper ce dysfonctionnement… Pauvre petit nalthema.

– Et pourtant, c'est ce même nalthema qui a amélioré le processus d'Ascension. Ou qui le fera, prochainement. Bref ! Le moment est mal choisi, Anthousa ! »

La machine entama un concerto assourdissant de sons mécaniques et tous les indicateurs se mirent à cligner frénétiquement.

« Sylver, c'est fichu ! Annulez tout ! » ordonna Stavel en sautant par-dessus sa console pour trouver refuge derrière un bouclier anti-explosion déjà bien calciné, juste avant que la Chambre d'harmonisation n'explose. Des fragments de métal déchiqueté fusèrent, projetés par des flammes élémentaires.

« Imbécile, gronda Anthousa en se dirigeant vers la porte, un sourire narquois aux lèvres, dénaturant les traits parfaits de son visage. Les Élus ne font déjà qu'un avec les éléments. Ils n'ont pas besoin de votre machine. »

« Sylver ! Par les dieux et les esprits, s'écria Stavel en se frayant un chemin au milieu de la fumée irisée. Par les dieux et les esprits, faites qu'il n'ait rien ! »

La brume se dissipa en révélant Sylver, assis contre le mur, le pourpoint roussi et les cheveux ébouriffés. Son visage était recouvert de suie bleue, lui donnant l'air d'un Bahmi famélique. « Déjà qu'un avec les éléments... Déjà qu'un... » répétait-il, songeur.

Stavel prit l’inventeur dans ses bras et ne put contenir ses sanglots tant son soulagement était grand. « Vous êtes sain et sauf ! Loués soient les esprits ! », s’écria-t-il.

« Ils n'y sont pour rien », affirma Sylver en tapotant le dos de son assistant. Il désigna ensuite le disque de pierre de source brûlé qu'il portait à la ceinture. « Remercie plutôt mon champ de perturbation. Lui au moins, il fonctionne. Les Élus... ne font qu'un avec les éléments... »

« Oh, ne l'écoutez pas », répliqua-t-il à son maître en s'asseyant à ses côtés, se grattant l'épaule tandis que les conduits au-dessus aspiraient la fumée. « Qu’est-ce qu'une personne portant un tel accoutrement pourrait savoir d'intéressant ? », ironisa-t-il.

« La même chose que nous ! » s’exclama Sylver. Il remit ses lunettes en place et les verres s'animèrent, illuminant les décombres sur le sol d’une lueur multicolore. Il attrapa Stavel par les épaules et poussa un rire aigu de savant fou. « La réunion d'Asha peut attendre. Nous avons du pain sur la planche ! »

Sylver Valis se tenait à son podium, vêtu d'une nouvelle tenue de couleur verte et violette. Le soleil, au zénith, illuminait la Place d'Epoch, ses rayons se réfléchissaient sur le chrome de la machine tout juste reconstruite, que l’on pouvait distinguer sur les marches derrière lui. La chevelure de l'inventeur était toujours en pagaille et il avait oublié de relever ses lunettes, mais son allure ne faisait qu'améliorer l'effet produit. Stavel se tenait aux commandes de la console, qui vrombissait avec régularité. De temps à autre, il adressait à Sylver un sourire admiratif.

« Une sage Kelari m'a récemment rappelé que les Élus sont déjà liés aux éléments, déclara Sylver. Grâce à leur nouvelle enveloppe charnelle conçue à partir de pierre de source en ce lieu de convergence des Plans, les Élus Renégats débordent littéralement de magie élémentaire. Pour les premiers… euh… prototypes de mon invention, j'avais essayé d’augmenter la puissance, ce qui était inutile. Il nous suffit d’accorder celle existante à la musique des Plans. Renégats, permettez-moi de vous présenter la Chambre d'harmonisation, conçue pour dévoiler le véritable potentiel des Élus ! »

Au milieu de la foule se tenait Asha Catari, participant à l’ovation générale. Elle lança un regard à son amie Anthousa Mona et lui murmura : « Une Kelari vraiment très sage, pour avoir décelé un tel potentiel caché. »

La Chambre d'harmonisation s'ouvrit, laissant celui qui s’était porté volontaire en sortir. La Grande Prêtresse applaudit avec autant d’enthousiasme que le reste de la foule, s’émerveillant face à ce que Sylver venait d’accomplir.

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