Cauchemar Blanc


1ere partie

Les deux camarades contemplèrent les plans qui se déplaçaient rapidement à travers la pièce. Six sphères en cuivre, chacune illuminée par la magie de l'élément qu'elle représente, tournaient en orbite autour du modèle réduit de Telara.

« Regarde, Galdash ! », dit le jeune Kelari à l’approche de la sphère bleue. « Voici le Plan de l'Eau ! »

La jeune Bahmi, plus imposante que lui, eut le souffle coupé et ria lorsque la sphère passa près d'eux, laissant dans son sillage un tourbillon de traces magiques. « Quelle merveille ! Les Plans tournent-ils vraiment ainsi en orbite autour de Telara ? »

« Ils ne tournent pas en orbite », rétorqua une autre Bahmi se trouvant à proximité. « Les plans sont des dimensions qui se chevauchent entre elles et dans l'univers. Le planétaire de Sylver illustre simplement les interactions planaires et prédit les éruptions transplanaires. »

Elle se retourna alors pour observer les deux jeunes Renégats : le Kelari était vêtu de la toge unie des étudiants planaires, et la tresse soignée du Parangon bahmi pendait sur les épées qui se croisaient dans son dos. L'Elfe semblait ne pas comprendre la moitié de ses explications, et son garde du corps ne cachait pas moins sa perplexité.

Uriel soupira, se frotta le visage et retira brusquement sa main lorsqu'elle sentit le bandeau qui recouvrait son œil. « Les plans sont des mondes à part entière, pas de vulgaires planètes. Ce que vous voyez est simplement la version mécanique du diagramme que chaque érudit d'arcane doit apprendre à dessiner. »

« Mais... », répondit le Kelari. « Ce bandeau… Êtes-vous Uriel Chuluun ? Je m'appelle Dion Sevaritus. J'ai lu votre traité sur les effets du Plan de la Mort. Je meurs d'impatience de découvrir les résultats de vos études sur le terrain. Il n'y a jamais eu de rapport publié à ce sujet. »

Uriel regarda la main gracieuse de Dion. Une autre sphère passa à proximité d'elle à toute vitesse, ébouriffant ses cheveux. Son regard était impénétrable. « Excusez-moi, on m'attend ». Ce fut tout ce qu'elle dit avant de partir, laissant Durion planté là de manière embarrassante. Le bruit de ses pas fut recouvert par le frôlement des sphères métalliques.

Imaginez un long serpent noir glissant dans l'herbe, les crochets gonflés de venin et l'esprit baigné d'envies meurtrières. Quelqu'un commence à le découper par la queue, mais celui-ci ne s'en rend pas compte et continue d'avancer, jusqu'à ce qu'il ne lui reste plus que la tête. Tel était le destin des envahisseurs récemment venus d'une Faille de la Mort, qui tentaient de se frayer un chemin vers Mornelande.

La vague qui débarqua était composée de morts-vivants repoussants, et ce qu'il restait de ces humains offrait une image désolante. Leur peau avait la couleur de la lune froide et leurs yeux reflétaient les ténèbres d'où ils provenaient. Mais quelque chose, quelqu'un jugulait leur invasion, les abattant avec une efficacité implacable. Ils retrouvaient la paix un à un, libérés par une tueuse quasiment invisible, qui exécutait ses crimes avec une précision magistrale et passait d'une victime à l'autre si vite que les genoux de la première avait à peine eu le temps de toucher le sol qu'elle avait déjà éliminé la suivante.

Seule la meneuse de cette horde arriva péniblement jusqu'au village, plus décidée que jamais. Dans sa folie destructrice, ce ne fut que lorsqu'elle n'entendit plus que le bruit de ses propres pas qu'elle réalisa que ceux qui la suivaient étaient tous tombés. Elle se retourna pour découvrir le massacre dans son sillage et hurla lorsque la meurtrière apparut soudain derrière elle, munie de deux dagues, telles des pinces dentelées de mante religieuse.

L'opulente matriarche lorn repoussa avec plus de difficultés qu'elle ne le croyait les lames de son assaillante et envoya valser cette dernière dans les airs. Elle cracha un sort à travers ses dents gâtées qui illumina Kira, tombée à terre, et révéla son corps élancé, ses cheveux et ses yeux turquoise. Son visage aux traits fins demeurait aussi impassible qu'un lac de glace, mais son regard haineux et perçant fit réagir la mégère, qui intensifia la puissance de son sort. Mais la Kelari disparut sans crier gare et l'éclair lancé par la matriarche vint foudroyer un arbre. Quelques secondes plus tard, la sorcière sentit une douleur perçante sur sa nuque.

Alors qu'elle chancelait, la Matriarche vit Kira tourbillonner dans les airs et dégainer ses deux dagues. Le monde qui l'entourait fut alors maculé de rouge et elle n'entendit plus que le bruit des lames qui la transperçaient.

Kira était encore occupée à poignarder ce qui restait de la mégère lorsque la pierre claire incrustée sur son brassard se mit à briller. Elle la porta à son oreille et l'entendit murmurer : « Méridian, Méridian. » L'appel des Invisibles. Kira se tint immobile et entre ses mains, jaillit une lumière blanche où apparut le portail de sa capitale. Elle laverait le sang de ses victimes de retour chez elle.

Uriel entra dans la pièce et s'arrêta brusquement lorsqu'elle remarqua que l'Homme sans visage était plongé dans une conversation à voix basse avec son père, Rahn Chuluun. Kira était également présente, tapie dans un coin sombre. Les deux hommes dominaient la scène depuis leur position. La tenue ample du chef bahmi ne mettait pas en valeur sa puissante musculature, et les mots de l'Homme sans visage surgissaient de son masque figé, tel un soupir divin provenant des entrailles de la terre. Uriel s'éloigna légèrement de la porte afin d'éviter de croiser le regard de ceux présents dans la pièce, y compris Kira, qui, en réponse, regardait sciemment dans la direction opposée.

Enfin, Rahn hocha la tête et se dirigea près de la porte. Il s'arrêta, saisit la poignée de sa main imposante et regarda par-dessus son épaule en direction d'Uriel. Il ouvrit la bouche, la referma sans un mot puis il sortit en refermant la porte avec un soin tout particulier, afin d'éviter de la claquer. Kira se demanda combien de ses récentes actions avaient valu à Uriel les regards inquiets de son père.

« Renégats ! », dit l'Homme sans visage en se retournant pour les regarder. Son masque étincelant était lisse, sans la moindre ouverture, et de celui-ci surgissaient deux cornes qui s'élançaient vers ses larges épaules. Nul ne pouvait affirmer si celles-ci faisaient partie intégrante du masque ou de l'homme. « Merci de votre patience. J'ai une mission qui requiert deux agents fiables, qui ont également confiance l'un en l'autre. »

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Rift: Planes of Telara™ par Trion Worlds Inc.
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