L'Archer au sanglier


4ème partie

On perd la notion du temps après cinquante ans…


Comme à l'accoutumée, la porte claqua derrière moi, je m'y adossai, libérant ma lance sans un bruit. "Eh bien, Laria. En voilà une manière d'accueillir un vieil ami !"

"Laria est morte". Le sifflement qui me parvint semblait émaner de la gorge desséchée d'une moribonde. Une lueur se fit sur le palier à l'étage supérieur, laissant apparaître la silhouette vacillante et monstrueuse d'une vieille femme bossue, une chandelle à la main.

"Tiens... l'autre soeur, la grincheuse ! Votre nom m'échappe." Le palier, plongé dans l'obscurité, longeait le mur extérieur gauche et se terminait par deux cages d'escaliers se rejoignant près de la porte. Voyant la vieille souillon se diriger vers l'escalier de gauche, je reculai instinctivement en direction de celui de droite. C'est alors que la chandelle s'éteignit et qu'elle disparut de ma vue.

"Je n'en ai plus » dit-elle dans un souffle, juste derrière moi. « Je l'ai vendu après la mort de Laria. On me désigne par le surnom de la Mégère à présent."

Je me retournai pour lui faire face et reculai rapidement de trois pas, l'examinant brièvement pour finalement arriver à la conclusion que ce sobriquet lui allait à ravir. J'en vins à remarquer que la chandelle n'était pas dans sa main mais flottait au-dessus de sa paume ouverte, diffusant une lueur indécise qui oscillait entre un violet pâle et un vert lugubre. "Très bien, Dame Mégère, dis-je, il semblerait que rien ne me retienne davantage ici."

"Je me souviens de toi », croassa-t-elle en se penchant vers moi pour me renifler et essayant de me forçer à faire de même. « Cette chose que tu as apportée à Laria… l'artefact. Où est-il ?"

"Eh bien, si je l'ai donné à Laria, cela semble signifier que c'est elle qui l'a en sa possession." Tout en reculant lentement en direction de la porte, j'entendis quelque chose se déplacer à l'extérieur de la bâtisse. Quelque chose qui grattait les murs, qui grognait, d'une taille à peu près similaire à ce qui m'avait suivi dans les bois. Exactement la même taille, en fait.

"Cesse donc de mentir ! Le lendemain du meurtre du Seigneur Ulfrid, tu as apporté un trésor à Laria, et tu lui as demandé de le cacher ! À travers le coffret de chêne qui le contenait, j'ai pu sentir la magie de la Mort qui en émanait. Laria l'a traité avec sa propre magie durant deux jours sans jamais me laisser approcher. Il est essentiel que je sache où elle l'a caché."

"Peut-être lui ai-je dit de le cacher loin de moi ? De toute façon, j'étais mort à ce moment-là", répondis-je, en me rapprochant lentement du mur et des grattements insistants de griffes sur la façade extérieure.

"Et pourtant, tu es revenu. Toi !" Elle rejeta sa vieille tête échevelée en arrière en gloussant de manière horrible tandis que la flamme violette de la bougie se raviva. "Si le champion des dieux est un voleur meurtrier, le seigneur Regulos ne fera qu'une bouchée des Gardiens."

Le dos contre le mur, je me glissais en direction de la fenêtre. À l'extérieur, j'entendais la créature qui suivait, telle une ombre, le moindre de mes mouvements, son corps lourd raclant le devant de la maison. "Les choses changent, vieille mère. Autrefois, j'étais un voleur et vous aidiez votre soeur à protéger ces bois. Je parierais un sac d'or que Laria est morte en combattant celui-là même qui vous possède à présent."

Alors que la Mégère levait vers moi ses mains noueuses pour me lancer un sortilège, je me tapis sous la fenêtre juste au moment où la chose bondit dans la pièce dans un fracas de vitre brisée. Une pluie de verre s'abattit sur moi lorsque cette chose me survola, imprégnant l'air d'une désagréable odeur de chien mouillé et de moisi. Elle atterrit exactement à l'endroit où se tenait la Mégère et, emportée par son élan, glissa sur le sol en tentant de planter ses griffes là où elle le pouvait. La vieille disparut d'un seul coup sans laisser de traces. Je fis de même, enjambant silencieusement la fenêtre brisée, me laissant haper par la noirceur de la nuit.

Je disparus sans bruit dans l'obscurité, tentant de brouiller ma trace du mieux possible, d'abord changeant de direction et revenant sur mes pas, ensuite éparpillant de-ci de-là des morceaux de ma veste afin de disperser mon odeur dans la nature silencieuse qui m'entourait. Et pourtant la bête me retrouva et se mit à me poursuivre de manière frénétique à travers la forêt. À une ou deux reprises, je sentis la chaleur de son souffle putride effleurer ma nuque tandis je me baissais pour parer ses attaques furieuses, puis brusquement, je m'enfuis dans la direction opposée.

J'entendis un martèlement assourdissant de sabots non loin de moi et Moe me rejoignit, piétinant au passage quelques jeunes arbrisseaux.

"Tu tombes bien, murmurai-je, au cas où il me suivrait à l'odeur."

C'est alors que je reconnus des marques familières sur un arbre. Je bondis, attrapai une branche basse et me hissai juste à temps pour voir Moe se retourner pour bloquer le passage à la créature. Toute de fourrure, de crocs et de piquants acérés, la bête sauta d'un bond par-dessus de Moe et se retourna sauvagement pour lui faire face, grognant et écumant. Sans attendre, Moe piaffa et chargea mais la bête pivota brusquement vers la gauche et, déroulant ses bras souples et puissants autour du corps de Moe, elle fit disparaître le sanglier sauvage d'un quart de tonne dans les taillis obscurs dans un cri perçant.

Émergeant rapidement de ma stupéfaction, je grimpai le long du tronc du vieux chêne en bondissant comme un enfant de branche en branche. Je m'attendais à ce que la créature surgisse derrière moi, mais ne vis rien.

C'est alors que je levai les yeux et l'aperçus, pendu par un bras à une branche, à moins de dix mètres de moi. La créature faisait presque deux mètres cinquante de haut, son corps massif aux muscles noueux était surplombé par une énorme tête de loup où brillaient deux yeux vides et fous qui me fixaient avec une sauvagerie intense. Une forêt d'épines de porc-épic lui couvrait le dos, et de l'écume tomba de ses crocs lorsqu'il sauta.

Par chance, lorsqu'on est un bandit des bois, on apprend à cacher des carquois de secours dans le tronc de certains arbres que l'on marque ensuite d'un signe particulier. Avec le passage du temps, la moisissure avait rendu inutilisable la plupart de mes flèches, cependant, quelques-unes étaient demeurées intactes.

Presque d'un seul geste, j'attrapai mon carquois qui était dissimulé dans un creux proche de moi, bandai mon arc et tirai sur la créature. Ma flèche, chargée de magie empoisonnée, allait plonger dans son cou mais l'homme-loup se tourna brusquement. La flèche se planta avec un bruit sec dans son épaule. Il se propulsa alors sur moi dans un élan surhumain qui nous entraina des dizaines de mètres plus bas, vers le sol.

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